• Mardi 2 avril
    15h25


      En vérité, j'envie les gens autour de moi. Les gens sont beaux, les gens sont heureux, les gens se contentent de plaisirs simples.

      Je suis jalouse des rires que j'entends, de leur sobriété si facile, évidente. Pourquoi eux y arrivent-ils, et pas moi ? Pourquoi surmonter une journée leur paraît si naturel, alors que je lutte chaque matin contre les nausées veisalgiques de la veille ?
      Un groupe d'amis crie et joue aux cartes un peu plus loin. Apprenez-moi le bonheur, s'il vous plaît. J'apprends vite, promis.
       Je tente une décuv' rapide à base d'auto-conviction et de Cristaline. Je me sens épuisée mais l'examen d'anglais de la fin de journée m'impose de rester là, calme, à tenter de ne pas vomir, m'endormir ou rentrer chez moi.

    Mon cœur bat fort, beaucoup trop fort. Il cherche à s'extraire de ma poitrine sans me demander mon avis. Je suis au bord de la panique, isolée à cette table de cafétéria universitaire, seule, sans aucune aide et sans soutien, ne serait-ce que visuel ; face à moi, un mur et un morceau de baie vitrée donnant sur le parking, la Moselle et un pont d'autoroute. Les voitures qui y passent m'hypnotisent. Je ne sais pas les compter.Un bus passe. L'endormissement me gagne et j'ai posé mon crâne sur la fraîcheur de la table, je revis. Dans mon dos, un groupe d'étudiantes de première année révisent des notions de droit de la famille. La clarté et la simplicité de ces cours me bercent.


    Je ne dois pas dormir. La jalousie du bonheur des autres me tiendra éveillée.

     


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  • 18.11.18

    "De la condition féminine"


       Et tu penses que c’est super simple d’être née femme ? Que c’est un plaisir au quotidien ? Et que ce genre de remarque que tu prends pour « humoristique » arrange les choses ?

       Peut-être que tu penses que les « Eh mademoiselle, t’es jolie t’as un 06 ? Oh tu réponds pas ? Ouais c’est vrai en fait t’es moche t’as un gros ‘uc » c’est uniquement le cliché véhiculé par les films ou les documentaires société ? Que les violences verbales, physiques, sexuelles, médicales, professionnelles ne sont que des mythes que les femmes répandent pour attirer l’attention ?
    Tu veux choisir comment t’habiller en fonction des gens que tu risques de croiser, à quelle heure tu rentres ? Bannir les robes, les shorts ou les jupes si tu rentres plus tard que 19h ? Feinter un appel téléphonique ou la musique dans les écouteurs pour éviter les autres quand tu rentres seule ?Tu veux te faire siffler trois fois par jour par des bandes de garçons ? Être suivie dans les rues par un illustre inconnu aux idées bien rodées ? Te faire frotter par des hommes à l’hygiène douteuse que tu ne connais ni d’Eve ni d’Adam dans des transports en commun bondés, et cela devant les autres passagers qui baissent la tête ou consultent leurs téléphones, aveugles d’impuissance ? Tu veux réfléchir à la place stratégique dans le bus ? Supplier tes amis de te raccompagner chez toi parce que les derniers bus de la soirée sont risqués quand on est une jeune femme seule ? Tu veux te faire agresser en soirée parce que de toute façon « tu n’as pas dit non » ? Tu veux peut-être qu’on te reproche d’être une « pleurnicheuse » quand tu racontes les hontes que tu subis en tant que femme ? Tu veux rentrer chez toi le soir avec n’importe quel objet pouvant servir d’arme de défense bien serré dans le poing ? Faire des détours pour ne pas emprunter les ruelles ? Tu veux vivre dans l’angoisse de faire une mauvaise rencontre, espérer quand tu vois un homme au loin sur le même trottoir qu’il ne t’’importune pas ou qu’il ne te croise pas de trop près ?
     Alors tu veux sûrement percevoir un salaire moindre pour un travail équivalent voire supérieur, subir le harcèlement au travail, ou entendre des remarques comme « Oh tu veux faire tel métier ? Mais tu ne peux pas, t’es une femme et c’est un truc d’homme ! »
     Ou encore être jugée parce que tu ne réponds pas aux critères de « beauté » du XXIe siècle, te faire insulter parce que tes cuisses se touchent, parce qu’on voit tes os, parce que tu ne te maquille pas, parce que tu te maquilles trop, parce que tu ne fais pas assez de sport, parce que tu manges un biscuit, parce que tu ne manges que de la salade, parce que tu ne rentres pas dans une taille 36 ?
     Entendre des phrases type « De toute façon c’est normal, vous êtes des êtres inférieurs », « les lave-vaisselle se rebellent » « une fille ça a rien à faire dehors le soir », « l’égalité ? Je n’y ai jamais cru et j’y croirai jamais, femme = p*te » « les femmes n’existent que pour les hommes ».

       Peut-être que d’ici quelques années, tu seras l’heureux papa d’une petite fille. Petite fille qui grandira et qui deviendra une femme qui sera bien obligée de rentrer seule chez elle parfois, d’utiliser les transports, de partager l’espace public. Que dirais-tu si ces discours révoltants touchaient ton propre enfant ?

       Peut-être que tu trouves ça normal que je termine mon discours par un « estime-toi heureux d’être un homme » ? Moi non plus.

     Et pourtant, c’est cette existence qu’on mène. Le combat pour l’égalité est un combat à vie. Combat pour l’égalité, la sécurité, la tranquillité, le respect des femmes. Les législations ne pourront jamais attaquer le problème à la racine.

    Si je dis que les femmes sont obligées de vivre pratiquement dans l’ombre, ce n’est plus une plainte mais un constat. Je n’estime pas être plus féministe qu’une autre, mais seulement une des victimes d’un réel problème où les témoins ne feront que banaliser des actes de plus en plus fréquents, mais toujours aussi graves.

    Texte trente-cinquième, "De la condition féminine"

     Suite à la remarque sexiste d’un ami.


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  • 25 septembre 2018
    17h42

    Jpeux m'asseoir au milieu du ring et attendre qu'on se défoule sur moi comme il l'a fait
    Jpeux rentrer chez moi avec des bleus et dire que c'est moi qui ai cogné. Par fierté.
    Jpeux sortir avec l'envie de me faire taper par une voiture
    Jpeux porter le masque du courage quand jcroise mes potes. Le masque au sourire nerveux qu'on arbore à la question « ça va ? » alors que tout va mal.
    Jpeux espérer mourir comme un chien dans mes relents d'alcools bus à outrance, jpeux espérer entendre un médecin m'annoncer un cancer du foie, jpeux envisager le saut du huitième étage.

       Jpeux rester installée dans un siège de cinéma à observer ma vie défiler sans agir.
    C'est pas moi en face. C'est pas Clara.
       La Clara qu'on voit c'est celle qui fume, qui boit sans réussir à s'arrêter, qui sèche les cours pour boire, qui déçoit ses proches par ses décisions, qui se drogue, c'est la Clara qui fait tout pour fuir, par tous les moyens.

       Jpeux me balader sur le même campus que le mec qui a failli me violer et faire comme si de de rien n'était. Une tentative de viol en toute impunité puisque je n'ai pas le cran, le courage, l'audace ou les couilles de me faire passer une seconde fois au rang de victime. Jpeux continuer à baisser les yeux dès que je le croise, à ignorer le passé qui m'ébranle tant.

       J'ai plus la rage d'il y a quelques mois. J'ai plus l'envie de me battre. J'ai plus la force d'encaisser les coups.
       J'attends que je ne sais quoi passe, seule. Perdue. Cette impression de n'avoir plus personne à qui parler. De devoir restée murée dans mon silence, à me noyer dans l'alcool et dans les mots, à avancer des textes décousus et confus qui ne répondent plus à leurs promesses de l'époque.

       Encore une fois, Clara abandonne. Clara déçoit. Clara se laissera vivre encore peu de temps, Clara nagera à contre-courant jusqu'à l'épuisement avant de se faire emporter par les flots.


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  • 18 septembre
    22h02

    Il y avait sa main sur mon épaule, son regard qui m'implorait de ne pas baisser les bras, sa voix rocailleuse usée par le tabac qui me répétait que j'étais "normale". Ses paroles qui dédramatisaient les choses, en me disant que je ferai partie des personnes qui ont la malchance de "passer par là".
    Je suis arrivée dans une période où je ne sais plus ce que je fais. Ou plutôt si, précisément : je détruis tout ce que je créé, toute ma vie. Alcool clope clope alcool, alcool clope médicaments, insomnies, nausées, tricherie, comprimés cachets gélules, mensonges, peur du futur, peur des autres peur de moi

    Tout ça ne me ressemble pas

    Je cumule cette sensation d'intériorité brûlante tout en ayant cette impression violente de ne me voir que de l'extérieur, spectatrice impuissante et fragile de la combustion de celle qu'il me semble être. Clara se voit assise sur cette chaise à tromper ses émotions, Clara se voit devant les pharmacies à hésiter à entrer, à préparer ses demandes, Clara se voit réfléchir à comment gérer sa journée pour profiter au mieux de ses consommations sans être dérangée.
    Clara est un miroir, Clara n'est plus elle-même.
    Clara attendra encore un peu pour pouvoir dire qu'elle est fière d'elle, elle attendra encore un peu pour que ses proches soient heureux, elle attendra encore pour se dire "ce n'était qu'une sale période, j'en suis sortie", non Clara se borne à porter des œillères et nier à la fois le passé et le présent.
    Peur de ne pas avoir d'avenir

    Poussière 10 - "Celle qu'il me semble être"


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