• 25 septembre 2018
    17h42

    Jpeux m'asseoir au milieu du ring et attendre qu'on se défoule sur moi comme il l'a fait
    Jpeux rentrer chez moi avec des bleus et dire que c'est moi qui ai cogné. Par fierté.
    Jpeux sortir avec l'envie de me faire taper par une voiture
    Jpeux porter le masque du courage quand jcroise mes potes. Le masque au sourire nerveux qu'on arbore à la question « ça va ? » alors que tout va mal.
    Jpeux espérer mourir comme un chien dans mes relents d'alcools bus à outrance, jpeux espérer entendre un médecin m'annoncer un cancer du foie, jpeux envisager le saut du huitième étage.

       Jpeux rester installée dans un siège de cinéma à observer ma vie défiler sans agir.
    C'est pas moi en face. C'est pas Clara.
       La Clara qu'on voit c'est celle qui fume, qui boit sans réussir à s'arrêter, qui sèche les cours pour boire, qui déçoit ses proches par ses décisions, qui se drogue, c'est la Clara qui fait tout pour fuir, par tous les moyens.

       Jpeux me balader sur le même campus que le mec qui a failli me violer et faire comme si de de rien n'était. Une tentative de viol en toute impunité puisque je n'ai pas le cran, le courage, l'audace ou les couilles de me faire passer une seconde fois au rang de victime. Jpeux continuer à baisser les yeux dès que je le croise, à ignorer le passé qui m'ébranle tant.

       J'ai plus la rage d'il y a quelques mois. J'ai plus l'envie de me battre. J'ai plus la force d'encaisser les coups.
       J'attends que je ne sais quoi passe, seule. Perdue. Cette impression de n'avoir plus personne à qui parler. De devoir restée murée dans mon silence, à me noyer dans l'alcool et dans les mots, à avancer des textes décousus et confus qui ne répondent plus à leurs promesses de l'époque.

       Encore une fois, Clara abandonne. Clara déçoit. Clara se laissera vivre encore peu de temps, Clara nagera à contre-courant jusqu'à l'épuisement avant de se faire emporter par les flots.


    1 commentaire
  • 18 septembre
    22h02

    Il y avait sa main sur mon épaule, son regard qui m'implorait de ne pas baisser les bras, sa voix rocailleuse usée par le tabac qui me répétait que j'étais "normale". Ses paroles qui dédramatisaient les choses, en me disant que je ferai partie des personnes qui ont la malchance de "passer par là".
    Je suis arrivée dans une période où je ne sais plus ce que je fais. Ou plutôt si, précisément : je détruis tout ce que je créé, toute ma vie. Shit alcool clope clope shit alcool, alcool shit clope médicaments, insomnies, nausées, tricherie, comprimés cachets gélules, mensonges, peur du futur, peur des autres peur de moi

    Tout ça ne me ressemble pas

    Je cumule cette sensation d'intériorité brûlante tout en ayant cette impression violente de ne me voir que de l'extérieur, spectatrice impuissante et fragile de la combustion de celle qu'il me semble être. Clara se voit assise sur cette chaise à tromper ses émotions, Clara se voit devant les pharmacies à hésiter à entrer, à préparer ses demandes, Clara se voit réfléchir à comment gérer sa journée pour profiter au mieux de ses consommations sans être dérangée.
    Clara est un miroir, Clara n'est plus elle-même.
    Clara attendra encore un peu pour pouvoir dire qu'elle est fière d'elle, elle attendra encore un peu pour que ses proches soient heureux, elle attendra encore pour se dire "ce n'était qu'une sale période, j'en suis sortie", non Clara se borne à porter des œillères et nier à la fois le passé et le présent.
    Peur de ne pas avoir d'avenir

    Poussière 10 - "Celle qu'il me semble être"


    1 commentaire
  • 04-08 septembre 2018
    20h16

    C'est en silence qu'elle va célébrer les trois premiers mois
    Trois premiers mois qu'avec fragilité elle surmonta
    Libre physiquement, un esprit pourtant emprisonné
    Emprisonné par ces pensées qui longtemps encore
    Lui rappelleront les effets qu'elle a tant appréciés

    Elle ressent un manque, manque d'une partie de ce qu'elle est,
    Clara ne s'attache plus au patronyme « la droguée »

    Clara a eu ses faiblesses, Clara a fait ses tests
    Laissant le plaisir du tramadol encore trop éloigné
    De tout ce qu'elle a pu tenter

    Clara continue de s'en séparer
    Sans pour autant oublier
    Les plaisirs éprouvés et les profondes nuits regrettées

    Clara se force à se dire « plus heureuse comme ça »
    Un mi-mensonge qu'encore et encore elle se racontera
    Et auquel un jour, légitimement elle croira

     

    Texte trente-quatrième, "Célébration"


    3 commentaires
  • Elle ne sait même pas par où commencer son histoire. Par un « âmes sensibles s'abstenir » ? par un « Il était deux heures du matin quand elle rentra dans son appartement » ?

     

    Une soirée à laquelle elle ne voulait pas aller. Une amie qui la motive, qui insiste, jusqu'à venir la chercher en bas de chez elle. Elle y va, espérant passer un bon moment, se détendre un peu de sa période d'examens qui vient de se terminer.

    Il y a peu de monde à cette soirée, l'ennui règne rapidement. Une contre-soirée avec deux de ses amies s'organise rapidement dans un coin de la pièce. Elle tient mal l'alcool et accuse un coup de fatigue qui fait pénétrer chacun de ses verres deux fois plus rapidement dans son sang.

    Du coin de l’œil, elle a repéré ce garçon, qu'elle connaît depuis des années. Qui a toujours eu une réputation négative, surtout avec les filles. Il est en pleine chasse. Elle se dit qu'il ne l'approchera pas. Elle retombe dans sa conversation. Elle se détend, elle est moins vigilante.

     

    Et puis le vide.

    Elle sort du silence trois semaines plus tard devant son copain. En lui disant qu'il ne doit pas lui en vouloir si elle se met à pleurer dès qu'il la touche.

    Elle se revoit à cette soirée, elle se revoit affalée sur ce canapé bleu usé, elle se revoit seule dans le silence macabre, il n'y a plus les bruits de la soirée, il n'y a plus le bruit de la musique, il n'y a que son bruit à lui, celui de sa respiration, son air fier et dominant qui luit de transpiration au dessus de son visage, la peur panique qui l'envahit.

    Pourquoi elle ne crie pas ? Pourquoi elle ne fuit pas ? Pourquoi est-ce qu'elle est là ? À quel instant, dans quelles circonstances a-t-elle laissé ses amies ? 

    Une mémoire traumatique qui lui joue des tours. Qui a choisi d'effacer les moments-clés, et les moments les plus violents.

    Elle se souvient de s'être sentie vide, seule, paralysée par la peur. D'avoir tenté de le repousser une fois, deux fois, en vain. Que peut-elle dans une position d'infériorité face à 25 kilos de plus qu'elle? Un dernier regain de terreur qui la secoue, elle repousse une dernière fois. Elle se libère de l'emprise, se relève rapidement, sans réfléchir elle court encore et encore à travers le couloir, elle cherche du regard l'amie qui l'a amenée ici et la supplie de rentrer sous prétexte d'être «fatiguée».

     

        Elle s'assoit sur son lit. Elle a froid. Elle garde les yeux dans le vide, pendant une bonne heure. Elle prend une douche. Chaude, brûlante. Longtemps.

    Elle évite le miroir. Elle ne regarde pas son corps, pas son visage. Elle ne croise plus de regards, pas même le sien.

    Elle n'essaie pas de dormir. Elle s'installe à son bureau, démarre des jeux en ligne. Elle veut oublier, penser à autre chose.

    C'est sûrement bête mais elle s'était toujours dit que si elle se retrouvait dans cette situation, elle courrait à la gendarmerie immédiatement pour déposer plainte, obtenir justice, avoir la défense qu'elle n'a pas su se trouver.

    Légalement, la tentative de viol est punie des mêmes sanctions que le viol en lui-même. Cependant en France, les chiffres sont alarmants. 45 viols par jour en France, 9 % des victimes qui portent plainte, et sur ces plaintes, seulement 3 % qui aboutissent à un procès. Pourquoi passer une journée dans un bureau à revenir verbalement sur l'horreur alors qu'elle a très peu de chances d'arriver à quelque chose ?

     

        Chaque jour elle se réveille en se disant que ce n'était qu'un mauvais rêve. Chaque jour elle se rend compte que non, elle l'a vécu. Elle a subi une tentative de viol en pleine soirée, alors qu'elle ne cherchait qu'à se détendre un peu. Elle ne cesse d'imaginer ce qu'il se serait passé si elle n'avait pas trouvé au dernier moment la haine nécessaire pour repousser celui qui l'a détruite et qui aurait pu faire bien pire.

    Et elle se souvient qu'elle avait bu. Qu'elle a forcément laissé de plein gré ses amies partir sans elle, elle n'avait pas à rester seule. Qu'elle a forcément merdé quelque part. Qu'elle n'a pas dû se faire comprendre lorsqu'elle a dit « non ». L'a-t-elle une seule fois dit, d'ailleurs ? Une culpabilité qui la ronge alors qu'on lui répète que ce n'est pas sa faute. Culpabilité, haine, rage, humiliation, angoisse, rien de tout cela ne la quitte. Sortir seule lui semble insurmontable. Lorsqu'elle n'a pas le choix, elle longe les murs et fixe le sol, par peur de s'attirer des ennuis si elle croise le regard de quelqu'un. Et cette impression insupportable que certains passants la regardent avec insistance, comme s'il était écrit très lisiblement « VICTIME » sur son front !

    Elle a changé. Elle s'habille juste de manière à paraître le plus invisible possible. Elle se mure dans un silence qu'elle tente de briser jour après jour. 

    Et elle essaie de chasser cette culpabilité.

     

    Et la vie continue.


    1 commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires