• 04.06.18
    22h03

    Deux heures quinze du matin retour à son appartement trempée par la pluie battante qu'elle vient de traverser stop elle jette ses affaires par terre stop elle courrait presque sous la douche stop elle évite le miroir stop elle ne se regarde même pas stop elle se lave longtemps elle n'ose plus sortir elle s'arrache à demi la peau en frottant fort le savon sur elle stop elle se retient de pleurer elle ne sait pas pourquoi elle se retient de pleurer elle est seule physiquement mentalement elle est seule et surtout sale elle reste encore un peu sous l'eau bouillante à essayer de remettre ses idées en place sans y parvenir stop elle cherche à comprendre ce qui s'est passé elle n'y arrive pas non plus stop c'est pourtant une fille caractérielle elle sait ce qu'elle veut et surtout ce qu'elle ne veut pas stop est ce que c'est elle la fautive stop c'est sûrement sa faute si elle n'a pas réussi à se faire comprendre et de toute façon c'est vrai elle avait beaucoup hésité à aller à cette soirée et elle n'avait qu'à pas s'éloigner de ses amies stop elle sait que c'est dangereux elle sait que c'est sa faute stop
    Elle sort de la douche toujours évite le miroir stop elle se sent toujours aussi sale elle revit la scène dans sa tête une boucle infinie qui la condamne elle deviendra folle si elle continue à y penser sans cesse elle panique elle a peur elle cherche à comprendre encore et encore elle hésite à retourner sous la douche mais elle abandonne stop elle s'assoit par terre elle pleure toutes les larmes de son corps stop elle veut tout oublier elle n'y parviendra pas elle n'entend rien elle ne dit rien elle se murera dans son silence et dans sa culpabilité


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  • 04.05.18
    Les environs de quatorze heures


       Bercée par le froid de la mort qui me nargue. Une angoisse incontrôlable qui régit mes jambes, mes bras, mon esprit. Mes mains crispées impriment les traces de mes ongles pourtant courts dans mes paumes.
       Mes jambes ne me portent plus. Me lever est une épreuve que je n’ose pas entreprendre.
      Dysfonctionnement général. Système nerveux, système sanguin, système digestif, système cardiaque. Il me faudra des heures pour tout remettre en ordre.
    Et il y a ce constant sentiment d’échec. Ce « Je n’y arriverai pas » qui prend une place de plus en plus monumentale. Et ma volonté qui flanche, petit à petit, vaincue par la négativité qui envahit mon cerveau.
       Ma respiration est hésitante. Une fois trop rapide à m’en essouffler au moindre geste, une fois tellement lente que j’ai l’impression d’être en apnée.
    Mon cerveau réagit en différé. Me concentrer pour traverser une route, marcher ou même simplement respirer est devenu un travail qui me demande une précision que je n’aurais jamais imaginée.
      Frissons et transpiration se relayent sous ma peau, parfois se rejoignent et mènent en collaboration l’enfer momentané mais intense que je subis, sans aucune pitié.

       Je ne contrôle plus rien. Plus mes mains qui font ressembler ma feuille à un torchon. Plus mon cerveau, qui peine à aligner les mots, et à les retranscrire au stylo. Plus mes jambes qui se contractent à m’en donner des crampes musculaires.
    Vidée. Aucune énergie, aucune envie, aucune volonté. Une force tout juste suffisante pour maintenir une position correcte sur ma chaise et gribouiller les mots dans la limite de la concentration que je parviens à rassembler.

       L’angoisse me dévore de l’intérieur. Je suis incroyablement fragile, faible, incapable.

       Bienvenue au pays de la crise de manque du sevrage brutal.

     

    Texte trente-deuxième, "Dysfonctionnement général"


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  • 12.04.17
    0h17

    Déception. Déception. Déception. Je déçois tout autant que je suis déçue. Je me déçois seule. Une sorte d’automutilation psychologique que je m’inflige. Un cerveau décoré de centaines de cicatrices invisibles, une pour chaque fois où j’ai réalisé à quel point j’étais une merde.
    Encore une. Une énorme balafre cette fois-ci, qui va mettre des jours, des semaines, des mois entiers à arrêter de saigner, puis de suinter, et à se refermer, à cicatriser et enfin à ne laisser qu’une trace blanche rugueuse lorsqu’on y passe le doigt.
    Ces blessures ne se soignent pas. Le temps ne sert qu’à faire croire que ça va mieux. C’est faux. Rien ne s’arrange, rien ne disparaît, rien ne se soigne. On ne fait que tirer un rideau opaque devant son regard et on choisit son nouveau champ de vision.

    La déception est incurable. Irréparable ; surtout celle qu’on s’inflige à soi-même pour des actes que l’on savait évitables.
    J’ai cru pouvoir le faire. J’ai cru que j’allais réussir à m’en sortir. N’importe quoi. Pathétique. Hypocrite. J’ai déjà écrit sur l’hypocrisie. Peut-être que ce terme me définit encore plus que ce que je laisse penser.
    Je ne décris pas ma fébrilité, je la contiens. J’ai cet immense sentiment d’avoir déçu, d’avoir une dette que je ne pourrai jamais reconnaître et rembourser. Le temps qui passe n’arrangera une fois de plus rien aux choses. Je l’ai fait et c’est tout. J’ai voulu être honnête mais sans grande utilité. Je n’y ferai plus rien désormais.
    Encore une perte de confiance en moi. Encore une future cicatrice parmi mille autres. Encore un abandon de combat. Je fuis les tranchées pour me réfugier dans la facilité.
    Et je décevrai, comme d’habitude.

    Poussière 8 - "« Décevoir » : verbe transitif. Du latin «decipere», tromper."


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  • 30.03.18
    2h47
    Modifié le 31.03.18 22h20

       Elle traverse la route, prudente, après avoir bien regardé à gauche et à droite plusieurs fois, en respectant le petit pictogramme lumineux vert sur le feu de signalisation. Elle s’approche du bâtiment, démarche spéciale, étrange ; un pantin dont un géant tirerait les ficelles, un jouet mécanique qu’un enfant aurait remonté, un robot sur lequel on aurait activé le pilote automatique.
    Elle s’approche, elle a les yeux vides, froids et humides. La peau pâle, blême, couleur décès proche, couleur cadavre, couleur fantôme, couleur regret. Elle arrive, sourit bêtement, presque instinctivement, ses mains tremblent, ses genoux se heurtent comme si elle avait froid. Elle parle sans desserrer les dents, ses mots se perdent dans une cage de silence létal dont elle seule possède la clé, elle parle peu et à la manière d’une personne ivre, elle parle peu et c’est l’incohérence qui traverse ses lèvres bleutées.

       Elle a échoué.

    Texte trente-et-unième, "Extérieur"


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