• 12.04.17
    0h17

    Déception. Déception. Déception. Je déçois tout autant que je suis déçue. Je me déçois seule. Une sorte d’automutilation psychologique que je m’inflige. Un cerveau décoré de centaines de cicatrices invisibles, une pour chaque fois où j’ai réalisé à quel point j’étais une merde.
    Encore une. Une énorme balafre cette fois-ci, qui va mettre des jours, des semaines, des mois entiers à arrêter de saigner, puis de suinter, et à se refermer, à cicatriser et enfin à ne laisser qu’une trace blanche rugueuse lorsqu’on y passe le doigt.
    Ces blessures ne se soignent pas. Le temps ne sert qu’à faire croire que ça va mieux. C’est faux. Rien ne s’arrange, rien ne disparaît, rien ne se soigne. On ne fait que tirer un rideau opaque devant son regard et on choisit son nouveau champ de vision.

    La déception est incurable. Irréparable ; surtout celle qu’on s’inflige à soi-même pour des actes que l’on savait évitables.
    J’ai cru pouvoir le faire. J’ai cru que j’allais réussir à m’en sortir. N’importe quoi. Pathétique. Hypocrite. J’ai déjà écrit sur l’hypocrisie. Peut-être que ce terme me définit encore plus que ce que je laisse penser.
    Je ne décris pas ma fébrilité, je la contiens. J’ai cet immense sentiment d’avoir déçu, d’avoir une dette que je ne pourrai jamais reconnaître et rembourser. Le temps qui passe n’arrangera une fois de plus rien aux choses. Je l’ai fait et c’est tout. J’ai voulu être honnête mais sans grande utilité. Je n’y ferai plus rien désormais.
    Encore une perte de confiance en moi. Encore une future cicatrice parmi mille autres. Encore un abandon de combat. Je fuis les tranchées pour me réfugier dans la facilité.
    Et je décevrai, comme d’habitude.

    Poussière 8 - "« Décevoir » : verbe transitif. Du latin «decipere», tromper."


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  • 31.03.18

     Elle sait qu’il est dangereux de s’aventurer en dehors de son appartement lorsqu’elle est dans cet état, dans son état second apporté par les médicaments qu’elle a avalés sans raison, elle a la chance d’être saine, d’avoir une santé correcte, et elle n’en profite pas, aujourd’hui il lui reste un corps de dix-huit ans qu’elle a sali par pure volonté ces quatre dernières années, elle peut encore s’en sortir, elle n’y arrive pas, revendique sa dépendance par écrit uniquement, elle a peur d’être jugée, elle a peur d’en parler, elle s’empoisonne gentiment, seule dans le plus grand silence, elle se sait malade d’addiction mais refuse d’admettre que c’est elle qui s’est pris la main pour se noyer dans cet océan de boue, elle culpabilise, voudrait retourner dans le passé pour ne pas sombrer, revivre son adolescence de manière propre et libre, elle ne peut que redevenir maîtresse de l’avenir, de sa vie, de son corps, de son cerveau, qu’ils arrêtent de lui dicter le comportement qu’elle doit tenir au quotidien, comprendre que les drogues ne sont pas une solution, ce n’est qu’une caresse illusoire qui ne la mènera nulle part ; et pourtant elle continue, elle essaie, elle expérimente, elle expérimente de nouvelles substances mais surtout le manque, le sevrage, elle veut quitter cette prison de plexiglas, on dirait qu’elle en a perdu la clé, elle veut fuir cet univers de plastique fragile, de fer-blanc qu’elle croit résistant mais non, pas du tout, rien n’est plus cassant que le monde dans lequel elle vit, rien n’est stable, rien n’est certain, elle le sait, elle veut voler de ses propres ailes, elle commence à en parler, elle démarre des thérapies avant de les abandonner par faiblesse, elle contacte ses amis quand elle va mal, elle cherche du réconfort, des piliers, des gens pour lui poser les barrières qu’elle est incapable de déterminer, bercée par l’habitude elle se convainc que ce n’est plus important et que les risques ont disparu, « Je sais ce que je fais, je sais les doses que je prends, je sais que c’est mal mais juste cette fois allez », elle se sépare de cette vie de taularde petit à petit, elle se sépare de ses drogues, elle commence à réussir et parfois elle trébuche, on la relève comme un enfant, elle se vexe mais elle reprend pied ensuite, elle a décidé de devenir quelqu’un de bien, de faire attention à sa santé, de prendre soin d’elle, elle veut que ses amis lui fassent confiance, elle aime les défis, elle veut les relever haut la main et pour ça elle a besoin du soutien de son entourage qu’elle avait pourtant toujours refusé, elle commence à saisir les mains qu’on lui tend, on dirait qu’elle a retrouvé les clés qu’elle semblait avoir perdu, elle remonte la pente, deux pas en avant un pas en arrière oui c’est sûr, mais bientôt ce sera trois pas en avant pour un seul pas en arrière, et de plus en plus, elle y arrivera, elle mettra la clé dans la serrure, elle trouvera l’énergie qui lui manquait pour tourner et courir dehors, elle quittera tout ça, mais la porte restera ouverte, elle sait qu’elle pourra retomber à n’importe quel moment.
    Elle aura ce but vital de ne jamais regagner cette prison qu’elle a déjà beaucoup trop occupée.


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  • 29.03.18

    Mets-toi à pleurer si tu veux, ça ne changera rien. On dirait un enfant capricieux.
    Tu as peur : peur de ne pas y arriver ou peur de l’état dans lequel tu seras sans tes drogues ? Pose-toi les bonnes questions, les questions qui fâchent. Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu paniques ? Pourquoi tu as commencé ? Pourquoi tu n’en sors pas ? Pourquoi tu te mens à toi-même ? Penses-tu vraiment que tu n’y arriveras jamais ?
    Reprends l’histoire au début si ça te chante, mais ce n’est pas un saut de 4 ans dans le passé qui te donnera les solutions à ton problème.
    Arrête d’avaler n’importe quoi pour t’occuper ou pour te rassurer. Ça ne t’apporte qu’angoisse et culpabilité.
    Arrête de te persuader que c’est bon pour toi.
    Arrêter de te persuader que ce n’est pas grave.


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  • Mardi 09 janvier 2018
    13h28
     

    Je claque la porte, jette mon sac, m’écroule sur mon lit.
    Non. Je ne dois pas me morfondre.

    No pain no gain.

    Je me relève, enfile un legging, des baskets.
    Le froid me claque la gueule.
    Je cours. Sans savoir où, pourquoi.
    Je veux changer de corps, quitter cette enveloppe de cellulite qui me hante.Je n’ai aucune motivation à tenir la durée de ce « régime ». Je n’y arriverai pas. Je n’y crois même pas, et je me fais violence quand même.

    No pain no gain.

    J’avance encore. Ma respiration est haletante, manquante, j’ai soif. Je veux m’arrêter.
    Je ne m’arrête pas.

    No pain no gain.

    Je sue. Mes jambes ne me tiennent plus. Je rebrousse chemin en faisant abstraction de la douleur.
    Ma main tremblante cherche mes clés. Je m’assois sur le canapé.
    J’ai faim.
    J’ai envie de manger.
    Je n’ai jamais su faire la différence.
    Je n’ai rien avalé depuis plus de vingt heures.
    Je ne mangerai pas.

    No pain no gain.

    J’ai envie d’abandonner. Tout. Envie de retomber dans ma dépendance, qui m’apportait toutes les caresses dont j’ai besoin.
    Je n’abandonnerai pas. Le sevrage est violent.

    No pain no gain.

    Je m’assois en face du bureau. J’ai envie de rentrer à l’ENA, je n’ai aucune envie de travailler.
    « C’est pour apprécier les sourires qu’on avance tous en grimaçant.»

    No pain no gain.

    Les roses ne sont pas moins jolies pour autant

     

    Poussière 5 - "No pain, no gain"


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