• 04.05.18
    Les environs de quatorze heures


       Bercée par le froid de la mort qui me nargue. Une angoisse incontrôlable qui régit mes jambes, mes bras, mon esprit. Mes mains crispées impriment les traces de mes ongles pourtant courts dans mes paumes.
       Mes jambes ne me portent plus. Me lever est une épreuve que je n’ose pas entreprendre.
      Dysfonctionnement général. Système nerveux, système sanguin, système digestif, système cardiaque. Il me faudra des heures pour tout remettre en ordre.
    Et il y a ce constant sentiment d’échec. Ce « Je n’y arriverai pas » qui prend une place de plus en plus monumentale. Et ma volonté qui flanche, petit à petit, vaincue par la négativité qui envahit mon cerveau.
       Ma respiration est hésitante. Une fois trop rapide à m’en essouffler au moindre geste, une fois tellement lente que j’ai l’impression d’être en apnée.
    Mon cerveau réagit en différé. Me concentrer pour traverser une route, marcher ou même simplement respirer est devenu un travail qui me demande une précision que je n’aurais jamais imaginée.
      Frissons et transpiration se relayent sous ma peau, parfois se rejoignent et mènent en collaboration l’enfer momentané mais intense que je subis, sans aucune pitié.

       Je ne contrôle plus rien. Plus mes mains qui font ressembler ma feuille à un torchon. Plus mon cerveau, qui peine à aligner les mots, et à les retranscrire au stylo. Plus mes jambes qui se contractent à m’en donner des crampes musculaires.
    Vidée. Aucune énergie, aucune envie, aucune volonté. Une force tout juste suffisante pour maintenir une position correcte sur ma chaise et gribouiller les mots dans la limite de la concentration que je parviens à rassembler.

       L’angoisse me dévore de l’intérieur. Je suis incroyablement fragile, faible, incapable.

       Bienvenue au pays de la crise de manque du sevrage brutal.

     

    Texte trente-deuxième, "Dysfonctionnement général"


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  • 30.03.18
    2h47
    Modifié le 31.03.18 22h20

       Elle traverse la route, prudente, après avoir bien regardé à gauche et à droite plusieurs fois, en respectant le petit pictogramme lumineux vert sur le feu de signalisation. Elle s’approche du bâtiment, démarche spéciale, étrange ; un pantin dont un géant tirerait les ficelles, un jouet mécanique qu’un enfant aurait remonté, un robot sur lequel on aurait activé le pilote automatique.
    Elle s’approche, elle a les yeux vides, froids et humides. La peau pâle, blême, couleur décès proche, couleur cadavre, couleur fantôme, couleur regret. Elle arrive, sourit bêtement, presque instinctivement, ses mains tremblent, ses genoux se heurtent comme si elle avait froid. Elle parle sans desserrer les dents, ses mots se perdent dans une cage de silence létal dont elle seule possède la clé, elle parle peu et à la manière d’une personne ivre, elle parle peu et c’est l’incohérence qui traverse ses lèvres bleutées.

       Elle a échoué.

    Texte trente-et-unième, "Extérieur"


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  • 20.03.18

    Et il y a cette sensation de fatigue, d'épuisement, d'accablement total. Des nuits courtes, animées et difficiles.
    Le moindre de mes mouvements est lesté par les symptômes du manque. J'ai sans arrêt envie d'abandonner, mais toujours cette volonté d'être fière de moi.
    N'importe quel cachet ou substance calmerait ma panique actuelle et me permettrait de passer la nuit de manière supportable. Je me sens vide et faible. J'ai chaud. J'ai envie de pleurer. J'étouffe. J'ai besoin de quelque chose.
    Insatisfaction. Angoisse, peur, terreur. L'envie de s'en sortir confrontée à mon amour des effets des drogues. J'ai eu tous les espoirs et bientôt cinq ans plus tard, m'en voilà toujours au même point. Jamais satisfaite de moi-même. Jamais de regard positif sur le chemin parcouru. Jamais assez de force pour m'extraire de tout ça. Simplement une constante sensation de perdre pied, de décadence, d'effondrement contre lequel je ne peux pas lutter.
    Et je me noie dans l'envie de vivre libre, loin de la dépendance. Je cherche cette capacité à apprécier le souvenir, la drogue de loin, être apte à la regarder sans l'avaler, à ne plus choisir cette solution de facilité à la moindre embûche, à ne plus considérer les effets comme une réponse à mes insomnies.
    Je suis en manque. Je déteste l'admettre. Je déteste ce mot. J'ai froid. Une ébauche de bipolarité en moi. L'impression d'avoir faim subordonnée à la nausée si caractéristique de l'état de manque. Et puis ces jambes qui tremblent tellement, que ne ferais-je pas pour calmer les nerfs affolés ?
    Il y a aussi ce fameux mal de crâne, que je ne peux soulager. Prendre un seul cachet de quoi que ce soit serait de la provocation. Un jet d'essence pour attiser le feu. Impuissante.


    Et en réalité, ma volonté est un mensonge. Je n'ai pas envie de changer. Je n'ai pas envie d'en sortir, pas envie de quitter ces sensations que j'ai tant appris à aimer. Je sais que ça ne marchera pas. Je sais que je n'aurai pas l'énergie pour le faire. Et je me berce d'illusions en me disant que peut-être qu'y croire suffira à m'éloigner de tout ça.
    Trop atterrée pour faire les efforts.
    Trop fragile pour m'en sortir.

     


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  • 20.02.17

    Le temps passe.

       Ces quatre années ont eu raison de moi, je crois. Ces quatre années m’ont entièrement minée, m’ont découragée, m’ont fait perdre toute once de confiance. Ce que je vais faire maintenant ? Trouver la rage de vaincre. Transformer cette haine de mon passé en une force pour l’avenir. Me dire que je suis sur la bonne voie, même si j’en doute parfois.

      Souviens du début, quand tu te disais « je gère, j’arrête quand je veux » alors que tu savais pertinemment qu’il était déjà bien trop tard. Souviens-toi de l’époque où tes crises de manque étaient quotidiennes. Souviens-toi de l’époque où un seul et unique jour sans médicaments te semblait littéralement impossible. Souviens-toi de ta sensation de condamnation quotidienne, ta privation de liberté, la cage dans laquelle tu t’étais enfermée toute seule. Souviens-toi du mutisme dans lequel tu te noyais, par peur du jugement, par peur de décevoir, par honte, par angoisse de voir la vérité en face. Souviens-toi de tes pleurs la nuit, lorsque tu pensais que tu n’y arriverais jamais.

      Et regarde où tu en es aujourd’hui. Tu es capable d’en parler. Tu mets des mots sur ce que tu vis devant tes proches, pas seulement des inconnus du monde entier en postant des textes déglingués sur internet. Tu apprends à relativiser. Tu as envie d’en sortir. Tu as envie de passer de cette dépendance active à un simple souvenir. Tu prends enfin conscience que ça ne pourra pas durer, que tu mets toute ta vie en jeu. Réagis.


      Les mots n’existent pas pour décrire l’attachement profond que je ressens pour ces drogues. Réellement. Une relation spécifique, que je ne saurais pas expliquer avec de simples termes. C’est fort, c’est violent, je me sens soutenue et invincible. Indépendante de toute personne. Des bêtises. Des mensonges à moi-même. Des convictions inutiles auxquelles moi-même je ne croyais pas, au fond. Un refuge avec pour destinée le cimetière, je le savais, je le sais encore et je le saurai toujours. Pour comprendre, il faut le vivre. Ou l’avoir vécu. Et pourtant, je ne le souhaite à personne. Jamais. Je ne souhaite la dépendance à personne. Même à ceux qui m’y ont menée.

      Personne ne t’a poussée à tomber là-dedans. Personne. Certains ont joué, c’est vrai, mais aucun ne t’a incité à te jeter dans une telle merde tête la première. Comme on te disait quand tu étais enfant : « Tu n’as pas eu besoin d’aide pour faire le bordel, tu n’as donc pas besoin d’aide pour ranger ». Tu auras besoin de bras pour te rattraper si tu tombes, mais le plus gros du travail doit venir de toi. Tu le sais.

      Une opportunité s’offre à toi pour remettre ta vie en ordre, te séparer de toute cette illusion qui t’a fait croire au bonheur pendant quatre ans. Et t’es prête à laisser passer ta chance parce que « au bout d’autant de temps, tu n’es plus à ça près » ? Tu mérites des claques.

      Tu as changé d’état d’esprit. Tu n’es plus dans l’idée « ça ne fonctionnera jamais, j’y suis j’y reste ». Non. Tu n’es plus comme ça. Est-ce que ça signifie que tu es prête ? À toi de le dire.

      Aurai-je des regrets ? Aurai-je l’impression de laisser une partie de moi ? Oui. Je le sais. Je m’y prépare, et j’y arriverai. J’ai fait du mal à des gens que j’aimais, j’ai détruit mon organisme, j’ai menti à des personnes qui m’étaient chères.
    C’est terminé. Honnêteté et résistance seront les maîtres mots de ce que je nomme « ma vie d’après ». Je ne baisserai plus jamais la tête, les bras ou même les yeux. Abstraction du passé pour se concentrer sur l’avenir, sur les projets que j’ai, sur ce que je veux devenir. On s’en fout des risques d’échec. S’il faut que ça foire une fois, deux fois, dix fois, ça se passera comme ça. Mais je lutterai encore et encore jusqu’à en venir à bout.
    Plus jamais je ne baisserai les armes.

      Tu as fait le bon choix. Tu as appris à t’entourer des bonnes personnes. De ceux qui croient en toi, qui savent que tu y arriveras tôt ou tard. Tu n’as plus qu’à croire en toi désormais.

     

    Texte vingt-neuvième, "Aurai-je des regrets ?"


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