• 11.07.19 - 21h48

       Je ressens toujours ce besoin amoureux de m'endormir contre toi, de sentir ta respiration calme faire bouger ma tête et ma main posées sur ton torse, de m'apaiser dans ton étreinte. J'ai toujours ce plaisir à t'écouter parler des choses qui te passionnent, de voir les étoiles scintiller dans tes yeux. Cette envie de toujours t'entendre dire ton bonheur, tes mots doux, tes histoires drôles.

      Et pourtant, ce bonheur partagé nous est limité. Prisonniers discrets de cette relation qui dérange. Vivre dans le silence et dans l'ombre, essuyer les critiques lorsque l'on prend le risque de se dévoiler.
    L'épuisement apporté par ces masques, ces capes d'invisibilité et ces omissions volontaires nous ont amenés à prendre conjointement une décision.

    - On arrête ?
    - On arrête.

       Et voilà. Le si beau couple était brisé. La raison l'emportait sur l'amour. J'avais beau savoir que nous avions grandement réfléchi, je ne pouvais le supporter.
       Deux jours à pleurer. Deux jours sans une trace de nos appels quotidiens, comme si quatre mots échangés avaient tout effacé. Deux jours de solitude, à ne pouvoir m'empêcher de me demander si tu es dans le même état que moi, ou si tu es en train de ranger mes quelques affaires dans un carton. Deux jours de larmes et de questionnements.

       Questionnements auxquels la vie a répondu d'elle-même. Il est seize heures, tu es là, assis sur mon palier, devant ma porte d'entrée, un duo de roses blanche et rouge en main, à attendre mon retour.
    Nos regards se croisent et la sensation de surprise est noyée dans un trop-plein de sentiments amoureux. Je retrouve tes bras, ton odeur, tes petites dents dans mon cou, tes mains douces sur mes côtes. Je retrouve ce ressenti de complémentarité. Nos émotions hétéroclites s'entrechoquent tandis qu'une larme coule sur ta joue, larme que je recueille doucement d'un revers de main. Plongée dans ton regard marron, je comprends que nous avons tiré la même conclusion.

    La raison ne l'emportera jamais.

     


     

       Je t'aime, P. Je t'aime et je te remercie d'être là. Merci d'avoir la patience et la compréhension nécessaires. Merci de m'apporter du bonheur au quotidien, merci de savoir recevoir avec plaisir celui que j'ai à donner. Merci d'être là à n'importe quelle heure, merci de m'avoir permis d'éviter la mort, merci de m'avoir enseigné le goût de la vie, merci de m'avoir réappris que mon corps n'est que ma propriété. Merci de ton humour, de tes cadeaux, de tes câlins, de ta présence, de ton sourire.
       Tu es quelqu'un de merveilleux, et à défaut de pouvoir le clamer sur les toits à la force maximale de mes poumons, je me contenterai de ces quelques mots sur ma feuille à carreaux.
       Merci, P.

     


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  • 3 juillet 2019

    Et puisque la solitude semble faite pour moi.
    Est-ce que cette amitié complexe te dispense d'être présente dans les pires moments ?

    Je me plains. Clara se plaint tout le temps. Clara se plaint sans arrêt. Clara ne fait que se plaindre. Clara ne sait rien faire d'autre, que de se plaindre.
    Donc Clara se taira désormais. Clara fermera sa gueule. Clara se contentera d'éclater, de se libérer de ses émotions nocives par ses textes bordéliques, publiés sur un blog raté visité par une poignée d'illustres inconnus.

    Ma voix ne sera entendue que par des gens qui sont dans l'impossibilité de m'aider. Quelques habitués qui ne me connaissent qu'à travers les écrits qui relatent les aspects les plus sombres de ma courte existence.
    Aux yeux de ceux qui me savent, je suis un être alambiqué, bourré de caractère, très amoureuse, qui ne supporte pas l'échec et qui cumule les blagues les plus sales. Une fille qui joue un rôle pour éviter de parler de ce qu'elle ressent vraiment.
    Aux yeux de ceux qui me lisent, je ne suis que dépendance, alcoolisme, suicides manqués, victime de harcèlement et échecs successifs.

      Peut-être est-ce ce visage qui finalement me correspond et me décrit le mieux, et justifie ainsi l'isolement auquel je suis condamnée ?


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  • 18.11.18

    "De la condition féminine"


       Et tu penses que c’est super simple d’être née femme ? Que c’est un plaisir au quotidien ? Et que ce genre de remarque que tu prends pour « humoristique » arrange les choses ?

       Peut-être que tu penses que les « Eh mademoiselle, t’es jolie t’as un 06 ? Oh tu réponds pas ? Ouais c’est vrai en fait t’es moche t’as un gros ‘uc » c’est uniquement le cliché véhiculé par les films ou les documentaires société ? Que les violences verbales, physiques, sexuelles, médicales, professionnelles ne sont que des mythes que les femmes répandent pour attirer l’attention ?
    Tu veux choisir comment t’habiller en fonction des gens que tu risques de croiser, à quelle heure tu rentres ? Bannir les robes, les shorts ou les jupes si tu rentres plus tard que 19h ? Feinter un appel téléphonique ou la musique dans les écouteurs pour éviter les autres quand tu rentres seule ?Tu veux te faire siffler trois fois par jour par des bandes de garçons ? Être suivie dans les rues par un illustre inconnu aux idées bien rodées ? Te faire frotter par des hommes à l’hygiène douteuse que tu ne connais ni d’Eve ni d’Adam dans des transports en commun bondés, et cela devant les autres passagers qui baissent la tête ou consultent leurs téléphones, aveugles d’impuissance ? Tu veux réfléchir à la place stratégique dans le bus ? Supplier tes amis de te raccompagner chez toi parce que les derniers bus de la soirée sont risqués quand on est une jeune femme seule ? Tu veux te faire agresser en soirée parce que de toute façon « tu n’as pas dit non » ? Tu veux peut-être qu’on te reproche d’être une « pleurnicheuse » quand tu racontes les hontes que tu subis en tant que femme ? Tu veux rentrer chez toi le soir avec n’importe quel objet pouvant servir d’arme de défense bien serré dans le poing ? Faire des détours pour ne pas emprunter les ruelles ? Tu veux vivre dans l’angoisse de faire une mauvaise rencontre, espérer quand tu vois un homme au loin sur le même trottoir qu’il ne t’’importune pas ou qu’il ne te croise pas de trop près ?
     Alors tu veux sûrement percevoir un salaire moindre pour un travail équivalent voire supérieur, subir le harcèlement au travail, ou entendre des remarques comme « Oh tu veux faire tel métier ? Mais tu ne peux pas, t’es une femme et c’est un truc d’homme ! »
     Ou encore être jugée parce que tu ne réponds pas aux critères de « beauté » du XXIe siècle, te faire insulter parce que tes cuisses se touchent, parce qu’on voit tes os, parce que tu ne te maquille pas, parce que tu te maquilles trop, parce que tu ne fais pas assez de sport, parce que tu manges un biscuit, parce que tu ne manges que de la salade, parce que tu ne rentres pas dans une taille 36 ?
     Entendre des phrases type « De toute façon c’est normal, vous êtes des êtres inférieurs », « les lave-vaisselle se rebellent » « une fille ça a rien à faire dehors le soir », « l’égalité ? Je n’y ai jamais cru et j’y croirai jamais, femme = p*te » « les femmes n’existent que pour les hommes ».

       Peut-être que d’ici quelques années, tu seras l’heureux papa d’une petite fille. Petite fille qui grandira et qui deviendra une femme qui sera bien obligée de rentrer seule chez elle parfois, d’utiliser les transports, de partager l’espace public. Que dirais-tu si ces discours révoltants touchaient ton propre enfant ?

       Peut-être que tu trouves ça normal que je termine mon discours par un « estime-toi heureux d’être un homme » ? Moi non plus.

     Et pourtant, c’est cette existence qu’on mène. Le combat pour l’égalité est un combat à vie. Combat pour l’égalité, la sécurité, la tranquillité, le respect des femmes. Les législations ne pourront jamais attaquer le problème à la racine.

    Si je dis que les femmes sont obligées de vivre pratiquement dans l’ombre, ce n’est plus une plainte mais un constat. Je n’estime pas être plus féministe qu’une autre, mais seulement une des victimes d’un réel problème où les témoins ne feront que banaliser des actes de plus en plus fréquents, mais toujours aussi graves.

    Texte trente-cinquième, "De la condition féminine"

     Suite à la remarque sexiste d’un ami.


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  • 04-08 septembre 2018
    20h16

    C'est en silence qu'elle va célébrer les trois premiers mois
    Trois premiers mois qu'avec fragilité elle surmonta
    Libre physiquement, un esprit pourtant emprisonné
    Emprisonné par ces pensées qui longtemps encore
    Lui rappelleront les effets qu'elle a tant appréciés

    Elle ressent un manque, manque d'une partie de ce qu'elle est,
    Clara ne s'attache plus au patronyme « la droguée »

    Clara a eu ses faiblesses, Clara a fait ses tests
    Laissant le plaisir du tramadol encore trop éloigné
    De tout ce qu'elle a pu tenter

    Clara continue de s'en séparer
    Sans pour autant oublier
    Les plaisirs éprouvés et les profondes nuits regrettées

    Clara se force à se dire « plus heureuse comme ça »
    Un mi-mensonge qu'encore et encore elle se racontera
    Et auquel un jour, légitimement elle croira

     

    Texte trente-quatrième, "Célébration"


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