• Lettre à mes harceleurs

    Ma maison, ma chambre, mon repaire,
    Samedi 18 mars 2017

    Bonsoir à vous deux.

    Oui, vous, les deux garçons dans les rues de *******, le 14 mars 2017 dans les environs de 16h45, près du club "L'équinoxe" et de la gare, vous vous souvenez de la fille habillée en noir avec le Eastpak jaune ? Oui, c'était moi. La fille à qui vous avez balancé toutes les atrocités du monde, le genre de mots qu'on ne répète pas, qu'on n'assume pas si on est seul, les mots qui blessent, qui attaquent, qui marquent à vie, qui laissent des cicatrices. Le genre de mots sur lesquels la victime n'osera pas revenir, par peur, honte aussi surtout.

    Je ne vais pas vous répéter ce que vous m'avez hurlé dans cette rue, j'imagine que vous vous en souvenez. Quoique, si vous avez l'habitude de ce genre de pratiques irrespectueuses, vous ne vous rappelez pas forcément chaque parole prononcée à chaque personne. Je laisse tout de même travailler votre mémoire et j'ose vous demander si vous auriez dit ça à n'importe qui.
    Pourquoi moi ? Parce que j'étais seule et vous étiez deux ? Parce que la moindre relation avec une fille vous manque vraiment trop ? Pourquoi ? Pour votre estime personnelle ? Pour vous sentir supérieurs ? Pour vous persuader que vous dominez le monde ? Pour « rire entre amis » ? Juste pour prouver que vous êtes sexistes, violents ? Pour vous convaincre que une fille c'est simple à attaquer ?
    Vous avez atteint votre cible avec moi, je vous l'accorde. Je ne peux pas le nier. Quatre jours que je ne dors plus la nuit, que je revis sans arrêt la scène, cette joute verbale entre vos mots et mon corps. Oui, j'ai fait comme si ces paroles me glissaient dessus, s'écrasaient sur une invisible carapace, mais c'est faux, loin de là. Vos phrases m'ont pénétrée au plus profond de mon être, jusqu'à fragiliser la moindre forme de confiance en moi que j'avais acquise jusqu'ici. Je n'ai pas osé me retourner, pas voulu voir vos sales faces qui ne mériteraient que d'avoir été bien giflées. Et si j'avais été accompagnée, vous auriez eu le courage de m'attaquer comme ça ? Non. C'est vous les lâches dans l'histoire, c'est vous les fautifs, même si vous avez réussi à me faire croire que c'est moi. Que j'ai cherché, qu'une fille de dix-sept ans n'a pas à se balader seule en ville en fin de journée. J'avoue que je n'aurais pas dû, que c'est dangereux, mais j'suis comme ça moi, j'suis indépendante.
    Plus maintenant.
    Je ne veux plus sortir seule, j'ai sans arrêt l'impression que tous les regards du jugement sont posés sur mon corps, qu'il y a toujours quelque chose qui ne va pas, que les yeux de chaque homme en ville sont destinés à évaluer si oui ou non je suis « quelque chose de potable ».
    Je ne suis pas une chose. Pas un objet. Pas une décoration qu'on étudie sous tous les angles pour savoir si oui ou non il nous convient. Je ne suis pas un chiot qu'on siffle pour voir s'il obéit à son maître. Je ne suis pas non plus une prostituée, qu'on appelle dès que l'on en a besoin.
    Vous m'avez brisée, à me rabaisser à tout cela. Vous m'avez détruite, et en beauté. J'ai peur. Peur que ça recommence. Peur de ne jamais redevenir comme avant. Peur que des gens comme vous se fassent de plus en plus nombreux autour de moi, dans ma vie future.
    Je n'ai même pas envie de vous insulter. Rien ne vous touche. Insensibles. Vous n'avez aucune notion de respect, aucune valeur, aucune idée du mal que vous pouvez répandre autour de vous. Ne venez pas me dire que « c'est bon, c'est une fois, c'est pas grave, c'est pas comme si tu le vivais tous les jours ». Certes, c'était une fois, mais une fois de trop.
    Je suis à genoux devant vous, en attendant vos coups. Défoulez-vous.
    Je ne sais pas encore quand, mais je me relèverai, plus forte que jamais. Un jour, je serais capable d'ignorer un maximum les gens comme vous, même si ce n'est pas totalement possible. Se faire rabaisser n'est jamais le truc le plus agréable du monde. Mais on se relèvera. Toutes les victimes se relèveront, dix ans après s'il le faut, mais vous n'aurez jamais la peau des gens que vous brisez.


    8 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique