• 26/07/17 - 2h45

    Un, deux, trois. Quatre, même, pourquoi se priver.
    Attendre. Attendre les effets. La perte de contrôle. Chaque minute devient une petite part d'éternité.
    Ressentir. S'abandonner.
    La raideur de la nuque, la lourdeur de la tête. Le goût étrange sur la langue et la gorge sèche, presque aride. Les jambes comme disparues, les bras fatigués. La vue qui délire et une vague odeur de dépendance au nez.
    Rien. Plus rien. L'abandon du plaisir, si ce n'est celui de la drogue. L'abandon de sa propre vie.
    La chute. La descente. Les nausées, les haut-le-cœur. Le fameux "plus jamais", qui se décline en "demain j'arrête" ou "c'était la dernière fois".
    L'incompréhension au fond de soi. La honte, la peur. La Volonté, avec un grand V. Si fragile.
    Se laisser aller. Abandonner chaque journée. Aveugle, pénétrer dans la spirale.
    Il est trop tard.
    "The light at the end of the tunnel is a train."


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  • Hier à cet instant précis d'un épisode de série, j'ai vu cette femme. Cette femme qui avait l'intention de se suicider, en s'envolant depuis la fenêtre du sixième étage de l'hôtel où elle logeait. J'avais ce soir envie de décrire ce personnage, mais je ne trouve pas l'inspiration. J'ai peur de faire trop court, ou trop peu précis. J'ai envie de le faire avec le plus de beauté possible, pour rendre la mort poétique.
    C'est poétique, la mort, finalement. Une barrière entre deux choses complètement opposées.
    C'est devant cette page blanche que j'y pense, en me disant que la mort y ressemble. La blancheur, la pureté, l'impossibilité de désobéir, d'être mal-aimé, de subir quoi que ce soit. Plus rien, plus d'idées, plus de douleurs, plus de quêtes, plus de devoirs, plus de soumission. Non, rien, la mort comme une forme d'innocence, la même que l'innocence de l'enfant. La mort comme un retour en arrière jusqu'à l'état de nourrisson que nous avons été. La mort comme une barrière franchissable à tout instant, par celui ou celle qui le désire.
    Est-il nécessaire de mourir ? Je l'ignore. Certainement oui. Rien n'est éternel et c'est plutôt rassurant pour celui qui souffre, celui qui vit la maladie, celui qui n'espère qu'une chose : disparaître sous terre et survivre uniquement par le souvenir qu'en auront ses proches. C'est si beau un souvenir post-mortem, une idée parfaite que l'on garde pour toujours d'un animal, d'une chose, d'une personne qui a partagé notre vie pendant deux minutes, deux ans ou toute notre existence. Les défauts s'effacent dans le souvenir, ne resteront que les beaux moments, les fous rires, les larmes de joie et les visages sans un voile d'erreur.
    D'un autre côté, mourir, c'est subir cette privation de liberté dont on jouit tout au long de sa vie. Rencontrer d'autres gens, se faire plaisir, comprendre, réfléchir sur ce qu'on apprécie, s'adonner à nos plus vastes passions, une liberté dont on se fixe soi-même les limites. Tant pis pour celui qui se sent emprisonné dans une société étriquée ; l'homme libre est celui qui parvient à voir sa liberté à travers les murs qu'on a construits autour de lui.
    La condition d'une mort poétique, c'est sa volonté. Un départ choisi est bien plus beau qu'un départ forcé. Le départ choisi, c'est la preuve de l'acceptation de son manque de liberté, de son désespoir de trouver la joie ou même simplement le bonheur, c'est le désir de passer à autre chose par le moyen le plus radical. Pour changer de vie, il y a ceux qui déménagent dans un autre pays, et il y a ceux qui décident de mourir. De tout laisser derrière eux, d'abandonner leur existence d'avant, de s'offrir une chose nouvelle à laquelle on n'avait jamais pu toucher auparavant.
    Le départ forcé, l'indépendance de la volonté. Une mort qui nous tombe dessus comme une goutte de pluie, une averse à laquelle on n'était pas préparé. Une disparition qui sera cent fois plus regrettée par les proches qu'une mort décidée et pleinement réfléchie. Ce qu'on appelle "tristesse" sera un sentiment éternel, une sensation de n'avoir pas été à la hauteur pour empêcher des circonstances incontrôlées, une émotion négative, celle des remords.
    Chaque chose existe en un temps, c'est un cycle qui se répétera à l'infini, encore et encore, bien après que vous et moi ayons abandonné nos réflexions. La mort est nécessaire, elle laisse place aux sentiments des uns pendant qu'elle démunit certaines autres âmes, trop heurtés par un éternel départ. La mort par suicide est tout de même binaire : elle laisse place à un repos pur, identique au bonheur, recherché par son créateur, tandis qu'elle brisera d'autres esprits par l'opposé moral du bonheur : la misère. Une misère qui est certes justifiée, mais pas nécessaire ; respecter le choix du défunt, et accorder que le cycle est achevé puis recommencera, c'est s'assurer une tristesse qui ne durera pas. Retrouver le bonheur après avoir perdu un compagnon sera la meilleure des joies, dans la mesure où il suffira d'accepter de continuer sans lui, et d'accepter que c'était un choix, ou une simple averse qui peut à tout moment revenir. Être sur ses gardes, être préparé aux éventualités et ne pas faire preuve d'insouciance et de confiance sans arrêt. Qu'il s'agisse d'un abandon de lutte contre le malheur vécu pendant des années, d'une lutte contre une maladie ou d'un accident, toutes les morts seront importantes et expressives. Les plus belles seront celles qui ont été choisies, préparées, adoucies par l'idée du repos, du miracle d'accéder au bonheur, pour l'éternité.

     

    Texte vingt-cinquième, "Départs, poésie et volonté"


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  • 15 mai 2017 – 12h09

     

    Tu ne vis plus dans le monde d'illusions qu'a été ton enfance. Tu n'y retourneras plus jamais.

    Il faut que tu acceptes l'idée, tout ça, c'est terminé. Ton univers, il n'y a rien de plus réel que lui. Et ta douleur aussi, elle est là, elle reste, elle existe même si tu n'arrives pas à la matérialiser. T'as pas besoin de toutes ces traces sur tes bras, de tes nuits sans sommeil, pour comprendre que t'as mal. Ils ont brisé quelque chose à l'intérieur de toi, et au lieu d'essayer de réparer, tu laisses la brèche s'agrandir encore et encore. Tu n'as pas eu l'énergie pour faire les efforts nécessaires ? Tu l'auras un jour. Arrête de penser de travers. Tu culpabilises de n'avoir pas su te défendre ? Tu n'es pas entrée dans leur jeu. Tu passes ton temps à voir le verre à moitié vide ; ça ne t'amènera NULLE PART, si ce n'est à te débattre toute ta vie contre la douleur du désespoir. Y'aura plus personne pour te tenir la main, plus personne pour te rattraper si tu tombes.
    Leurs paroles, c'était comme des poignards, lancés depuis les deux mètres qui te séparaient d'eux. Leurs mains, c'étaient des haches. Qui ont tout brisé, tout déchiqueté, avec une proximité dérangeante à en vomir. Juste la distance nécessaire pour que l'arme prenne de l'élan, sectionne mieux et plus.

    Et maintenant, il y a les larmes et les mots que tu gardes pour toi. Pleurer, seulement quand tu es seule avec toi-même. Mais les mots ? Jamais. Seule face à ta feuille, à quelqu'un, intégrée à un groupe, jamais tu ne parles de ça. Tu dis vouloir occulter cet épisode, oublier, ne pas le matérialiser par des phrases. Et tu te noies dans ton âme chamboulée incapable de s'exprimer, seule contre tous, t'es là et tu regardes le monde se statufier autour de toi, autour de ta peine, ton angoisse et ta honte. D'accord, tu ne veux pas te forcer à parler, c'est trop tôt. Mais combien de temps encore t'abandonneras-tu à ce qu'il t'ont fait subir ?
     

    Réfléchis bien. Les mots seront ta seule remise de peine.

    Texte vingt-troisième, "Remise de peine"


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  • 12.05.17

    A l l  t h e  w o r d s  l e f t  u n s p o k e n

    A l l  t h e  p a g e s  I  w r i t e

     

    J'ai voulu parler. Ce que je voulais, c'était parler comme on vomit. Cracher les mots pour m'en débarrasser, quitte à m'écorcher la gorge, à me brûler la langue.

    La nausée reste, sans que rien n'ait la force de sortir. J'ai mal, j'ai mal, je suis incapable de laisser les phrases franchir la barrière de mes lèvres. Comme des mots interdits, comme des mots que l'on laisse de côté, comme si les mots qui décrivaient l'horreur n'avaient pas le droit d'être prononcés.

    Sans pour autant laisser tomber, j'ai réfléchi. Je me suis dit que ce qui ne voulait pas quitter mon corps était peut-être destiné à y rester. Alors je vis avec ça comme avec une maladie incurable. On la garde, parfois on l'oublie, on n'y pense plus, mais on sait quelque part au fond de nous qu'elle est là, qu'elle ne nous abandonne pas. Jamais.

    Et tout cela, ça colle à la peau sans s'en aller, malgré les bains, le gel douche, le savon de Marseille, même si on frotte jusqu'à ce que ça fasse mal, ça reste, comme de la crasse incrustée. Ça ne partira jamais. Plus jamais. Comme une maladie, la victime est choisie au hasard. Elle n'a rien demandé, mais les circonstances ont fait que les virus se sont accrochés, se sont multipliés, sont restés, ont envahi tellement de terrain qu'il est impossible de faire quelque chose désormais.

    Accepter.

    Accepter que les mots ne sortiront jamais. Accepter que le mal se noie en soi. Accepter d'aller mal, accepter de se traîner comme ça, et accepter d'accepter.

     

    L'iceberg. C'est beau, un iceberg. Inspirant. Poétique.

    C'est cela. Les mots que je veux, c'est pour illuminer la partie immergée de l'iceberg. Il n'y a que moi qui la vois et que moi qui sois apte à la décrire.

    J'ai déjà dessiné dans l'esprit de certains la partie visible. J'ai déjà réussi à mettre des mots. J'ai épuisé mon stock de forces maintenant.

    Et pourtant, c'est le moment ou jamais d'abuser, d'user les mots, de les faire sortir.

    Je n'arrive plus à écrire

    Les mots se bousculent

    Les larmes envahissent mes yeux

    C'est encore raté

    Je me noierai dans ma peine encore ce soir

    Sans que les phrases n'aient pu s'enchaîner


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