• Texte vingt-cinquième, "Départs, poésie et volonté"

    Hier à cet instant précis d'un épisode de série, j'ai vu cette femme. Cette femme qui avait l'intention de se suicider, en s'envolant depuis la fenêtre du sixième étage de l'hôtel où elle logeait. J'avais ce soir envie de décrire ce personnage, mais je ne trouve pas l'inspiration. J'ai peur de faire trop court, ou trop peu précis. J'ai envie de le faire avec le plus de beauté possible, pour rendre la mort poétique.
    C'est poétique, la mort, finalement. Une barrière entre deux choses complètement opposées.
    C'est devant cette page blanche que j'y pense, en me disant que la mort y ressemble. La blancheur, la pureté, l'impossibilité de désobéir, d'être mal-aimé, de subir quoi que ce soit. Plus rien, plus d'idées, plus de douleurs, plus de quêtes, plus de devoirs, plus de soumission. Non, rien, la mort comme une forme d'innocence, la même que l'innocence de l'enfant. La mort comme un retour en arrière jusqu'à l'état de nourrisson que nous avons été. La mort comme une barrière franchissable à tout instant, par celui ou celle qui le désire.
    Est-il nécessaire de mourir ? Je l'ignore. Certainement oui. Rien n'est éternel et c'est plutôt rassurant pour celui qui souffre, celui qui vit la maladie, celui qui n'espère qu'une chose : disparaître sous terre et survivre uniquement par le souvenir qu'en auront ses proches. C'est si beau un souvenir post-mortem, une idée parfaite que l'on garde pour toujours d'un animal, d'une chose, d'une personne qui a partagé notre vie pendant deux minutes, deux ans ou toute notre existence. Les défauts s'effacent dans le souvenir, ne resteront que les beaux moments, les fous rires, les larmes de joie et les visages sans un voile d'erreur.
    D'un autre côté, mourir, c'est subir cette privation de liberté dont on jouit tout au long de sa vie. Rencontrer d'autres gens, se faire plaisir, comprendre, réfléchir sur ce qu'on apprécie, s'adonner à nos plus vastes passions, une liberté dont on se fixe soi-même les limites. Tant pis pour celui qui se sent emprisonné dans une société étriquée ; l'homme libre est celui qui parvient à voir sa liberté à travers les murs qu'on a construits autour de lui.
    La condition d'une mort poétique, c'est sa volonté. Un départ choisi est bien plus beau qu'un départ forcé. Le départ choisi, c'est la preuve de l'acceptation de son manque de liberté, de son désespoir de trouver la joie ou même simplement le bonheur, c'est le désir de passer à autre chose par le moyen le plus radical. Pour changer de vie, il y a ceux qui déménagent dans un autre pays, et il y a ceux qui décident de mourir. De tout laisser derrière eux, d'abandonner leur existence d'avant, de s'offrir une chose nouvelle à laquelle on n'avait jamais pu toucher auparavant.
    Le départ forcé, l'indépendance de la volonté. Une mort qui nous tombe dessus comme une goutte de pluie, une averse à laquelle on n'était pas préparé. Une disparition qui sera cent fois plus regrettée par les proches qu'une mort décidée et pleinement réfléchie. Ce qu'on appelle "tristesse" sera un sentiment éternel, une sensation de n'avoir pas été à la hauteur pour empêcher des circonstances incontrôlées, une émotion négative, celle des remords.
    Chaque chose existe en un temps, c'est un cycle qui se répétera à l'infini, encore et encore, bien après que vous et moi ayons abandonné nos réflexions. La mort est nécessaire, elle laisse place aux sentiments des uns pendant qu'elle démunit certaines autres âmes, trop heurtés par un éternel départ. La mort par suicide est tout de même binaire : elle laisse place à un repos pur, identique au bonheur, recherché par son créateur, tandis qu'elle brisera d'autres esprits par l'opposé moral du bonheur : la misère. Une misère qui est certes justifiée, mais pas nécessaire ; respecter le choix du défunt, et accorder que le cycle est achevé puis recommencera, c'est s'assurer une tristesse qui ne durera pas. Retrouver le bonheur après avoir perdu un compagnon sera la meilleure des joies, dans la mesure où il suffira d'accepter de continuer sans lui, et d'accepter que c'était un choix, ou une simple averse qui peut à tout moment revenir. Être sur ses gardes, être préparé aux éventualités et ne pas faire preuve d'insouciance et de confiance sans arrêt. Qu'il s'agisse d'un abandon de lutte contre le malheur vécu pendant des années, d'une lutte contre une maladie ou d'un accident, toutes les morts seront importantes et expressives. Les plus belles seront celles qui ont été choisies, préparées, adoucies par l'idée du repos, du miracle d'accéder au bonheur, pour l'éternité.

     

    Texte vingt-cinquième, "Départs, poésie et volonté"


  • Commentaires

    1
    ClemCa
    Jeudi 27 Juillet à 02:46

    tant que ce post n'était pas une préquelle pour ton propre départ poétique (tu me manquerais trop), je suppose que je devrais te féliciter et te souhaiter bonne continuation

    2
    Vendredi 28 Juillet à 00:13

    Merci beaucoup :)

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