• Texte troisième, "Bord du gouffre"

    12.10.15

    Espoirs, espoirs, espoirs.

    Alors c'est ça, un ''besoin de parler'' ?

    C'est un peu honteuse mais surtout très perturbée, dans le noir le plus complet, les larmes au bord des yeux et un pied dans le vide que je vous écris ce mail en ce début de nuit effrayante.

    Ce soir je n'ai plus personne vers qui me tourner ; je suis un peu gênée de me venir donc vers vous mais… Je ne sais même pas pourquoi je le fais quand même, dans le fond. Un dernier espoir peut être, un dernier espoir qui me permettrait de ne pas sombrer.

    Les mots me manquent pour exprimer mes sentiments désordonnés, malgré ce réel besoin d'extérioriser. Je broie du noir depuis plusieurs semaines. Je n'arrive plus à écrire, je n'arrive plus à parler, je n'arrive plus à faire énormément de choses qui me tenaient à cœur avant. Les idées noires tourbillonnent dans mon esprit en un cortège macabre, et pourtant je me sens un peu vide. Tout est mélangé. Le bon, le mauvais, les souvenirs, les histoires, les mensonges, les sentiments perdus, je ne sais plus trop où j'en suis. Et le seul point lumineux qu'est mon écran dans le noir de la nuit n'éclaire pas vraiment mes idées. 

    Je me demande si je vais m'en sortir. Si un jour, j'arriverai à faire le vide, le vrai bon vide, celui qui est agréable, pas celui qui empêche de dormir, non, celui qui permet de se sentir bien et de recommencer sur de bonnes bases. Ce vide, c'est ce qu'on appelle le bonheur. J'aimerais y toucher, l'effleurer du bout des doigts au moins, quelques secondes juste pour voir ce que ça fait d'aller bien.

    Cinq mois et un jour que tout mon monde a été anéanti. Cinq mois et un jour que je vis dans l'absence. Cinq mois et un jour que je me demande combien de temps ça va durer.

    Et j'y croyais, sincèrement, j'y croyais. J'y croyais car on m'avait dit que j'allais m'en sortir, j'y croyais car on m'avait dit que mes blessures s'estomperaient, j'y croyais car on m'avait dit que pour une fois, le temps était un allié.

    Est-ce faux, ou est-ce moi qui suis simplement trop impatiente?

    On m'avait promis tout ça. On m'a menti. Les gens m'ont menti. Les gens m'ont déçue. Inlassablement.

    Et je me demande aussi si le monde est aussi moche que je le vois, ou si c'est ma vision qui est erronée. Il est vrai qu'il est difficile de discerner de manière distincte une réalité à travers un mince et permanent filet de larmes. Enfin non, ce n'est pas ''difficile'' : c'est impossible. Et donc je m'invente un monde en me disant qu'il sera toujours plus doux que la réalité. Et j'espère ne jamais en sortir.

    J'ai toujours été brisée par tous ces types d'espoirs. Ces espoirs d'aller mieux, ces espoirs d'arriver à vaincre ma peur des autres, ma peur du danger, ma peur de choses idiotes, ces espoirs que j'y arriverais, ces espoirs que je passerais au-dessus des critiques blessantes.

    NON.

    Je n'y parviens pas. Non, je suis faible. C'est le sentiment qui m'a envahie depuis ce jour, depuis ce 11 mai, depuis son départ, sa disparition, son oubli. J'ai l'impression de vivre dans l'oubli, vivre dans son oubli.

    Il m'a oubliée, et il est parti.

    Ils ont tous fait ça. Ils sont tous partis après m'avoir oubliée. Ils m'ont vue, il m'ont appréciée, il m'ont parlé, ils m'ont connue, ils m'ont détestée, ils m'ont oubliée, ils m'ont laissée.

    J'ai toujours vécu cette rengaine. Cette monotonie de l'appréciation. Et ces espoirs qu'on finisse par m'apprécier POUR ce que je suis, et non pour ce pour quoi je parais.

    Et je pense que c'est pour ça que je parle, enfin. Sentiment de rébellion inutile, je veux qu'on sache ce que je suis. Je veux qu'on sache pourquoi je passe mon temps à ignorer ce qu'est un sourire, à rejeter ceux qui veulent m'approcher. Je veux qu'on sache pourquoi j'aime tellement la solitude. Je veux qu'on comprenne que me dire que je suis « blessée par les gens et la vie » est tout à fait juste. Je veux qu'on sache qui je suis. Je veux qu'on m'évite.

    Tout cela manque de logique, c'est incroyable. Je suis tellement perdue que j'en oublie les mots, j'ai du mal à écrire des textes clairs, je peux rester immobile, je peux être étendue quelque part à regarder passer le temps, je peux oublier de manger pendant plusieurs jours, je peux ne pas adresser la parole à mes proches pendant une journée sans m'en rendre compte.

    Tout cela est dangereux. Je me referme sur moi-même petit à petit, jusqu'à me retrouver seule avec mes pensées. Seule avec mes idées noires. Seule avec l'absence. Seule avec le suicide. Seule avec la mort.

     

    Texte troisième


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