• Texte premier, "Prélude"

    20.09.15

    Je regarde le spectacle les yeux vitreux. Mes cheveux trempés par la pluie m'inondent le dos et déchargent de grosses gouttes qui s'écrasent sur le sol. Je comprends ce qui m'arrive, mais je refuse d'y croire.

    Tous mes souvenirs partent en fumée. Mon avenir part en fumée.

    Je suis debout sur le bord de la falaise, penchée au-dessus du vide. J'observe, j'essaie d'évaluer la distance, mais je n'y arrive pas. Cinquante mètres, peut être cent, trois cents, cinq cents même ? Mon cerveau est trop déconnecté, aucune pensée ne daigne sortir.

    De la brume apparaît au-dessus du rocher d'en face, et je relève un peu la tête. Je suis perdue. J'ai envie de pleurer, mais aucune larme ne sort. J'ai l'impression de ne pas avoir de cœur. Je me sens mal.

    Je me penche à nouveau, je suis en équilibre précaire sur la pointe de mes pieds pour voir le plus loin possible. Je ne sais pas pourquoi je m'obstine à regarder, je ne voulais pas voir ce spectacle. Et pourtant quelque chose dans mon esprit m'oblige à le faire.

    Tout en bas, dans le brouillard, un peu flou, je vois la pire chose existante.

    Alex...

    Son corps gît en bas, sur les rochers, dans une position désagréable et inconfortable, même si il ne ressent plus rien. J'essaie d'imaginer comment la scène a pu se passer. A-t-il été poussé ? Est-il tombé, simplement ? Ou a-t-il sauté ?

    Je n'aurai jamais de réponse à cette question, du moins c'est ce que je pense en m'asseyant sur le bord de la falaise, à l'endroit où étaient posés ses pieds quelques minutes plus tôt.

    Je sens une boule dans ma gorge, mais rien ne veut sortir. Je voudrais pleurer, hurler, mais je n'arrive qu'à murmurer une partie de son prénom.

    J'ai froid. Les pensées se bousculent dans ma tête. Je repense à tout ce que ce garçon m'a fait vivre, et les larmes osent enfin me monter aux yeux, mais je dois forcer pour les faire couler.

    Je me relève. J'avance un pied dans le vide. Un bras. La moitié de mon corps baigne dans l'air, sans aucun appui. J'ai envie de me laisser tomber, je sais que je ne supporterai pas de vivre sans lui. Je ne pourrai jamais rayer cinq ans d'une telle amitié comme ça. Je n'y arriverai jamais. Je veux le suivre. Je veux partir avec lui. rien d'autre.

    Je laisse se balancer mes membres dans l'air gelé. Il fait très froid pour un début de mois de mai, mais je n'y prête pas attention. Je veux pleurer. Je veux hurler. Je veux mourir.

    Mais pourquoi a-t-il fait ça ? Est ce que c'était son destin, vraiment ? Est ce ça qu'il a mérité ? Alex était tout le contraire du bad boy. Calme, poli, serviable, délicat, drôle. Il avait encore tellement de choses à apprendre de la vie. Une famille, une histoire, des enfants, des études, un métier... Il ne connaîtra jamais tout ça. A part peut être dans l'au-delà ? Peut être que là où il est, il vivra une meilleure vie ?

    Je réfléchis encore, je ferme les yeux, inconsciente des risques que je prends.

    Je m'en fous. Je me fous de tout. Je vais gâcher ma vie pour lui. Je vais tout laisser tomber. J'imagine déjà mon corps s'envoler, descendre, descendre sans aucun bruit, les impressions que je vais ressentir pendant la chute, et mon enveloppe charnelle s'écraser sur les rochers dans un bruit sourd couvert par celui du vent intempestif qui gémit depuis je ne sais combien de temps. Une sensation de peur m'envahit, mais c'est trop tard. Je suis déterminée à oublier ma vie d'avant.

    Au moment où mon pied veut se décoller du sol, quelque chose me retient. Quelqu'un m'attrape le bras et me tire violemment sur la terre ferme. Je m'étale par terre, je suis complètement sonnée, j'essaie de réaliser où je me trouve. Je m'assois. Je suis dans une tente, seule. Seule. Alex était avec moi quand nous nous sommes endormis sur le terrain de camping. Je panique et un étrange sentiment m'enveloppe. Je me lève en vitesse, la tente est perdue sur le bord d'une falaise. Je m'y penche, et le spectacle que j'observe... Me choque, m'abasourdit, me traumatise ? Je ne sais même pas comment définir ça.

     

    Tout en bas, sur les rochers, entre les nuages de brume, gît le corps inanimé de mon meilleur ami...

     

    Texte premier, "Prélude"


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :