• Poussière 3 - "Échoué"

    On est le 30 avril 2017. J'ai tellement pris que je ne sais même pas combien j'ai pris.
    Et c'est aujourd'hui que je me rends compte pourquoi tu m'as quittée. Quelle importance ma dépendance avait pour toi.
    T'es la première personne à qui j'en avais parlé, quand j'ai réalisé le bain de merde dans lequel j'étais. Je pensais m'en sortir plus rapidement avec ton aide, mais j'ai l'impression que moi-même je n'étais pas prête à me mettre des barrières. J'ai laissé faire, j'me suis shootée tous les jours pendant des mois et des mois, devant tes yeux, j'étais un petit fantôme, une ombre de moi-même. Tu connaissais à peine la vraie moi en fait, tu avais rarement vu la moi sans drogues. J'étais incapable de mettre de l'argent de côté, ce qu'on me donnait pour me payer à manger les jours où je n'allais pas à la cantine, je préférais le dépenser dans des médicaments, dans n'importe quoi, dans une caresse illusoire destructrice. Je ne mangeais pas, je me droguais, un joli cocktail d'émotions qui me rendait bien souvent malade devant ma classe, les profs, toi, ou ma famille, à qui je sortais l'éternelle disquette "j'ai trop mangé" ou "quelque chose est mal passé". Je me suis inventé des carences pour ne pas effrayer les profs avec des malaises ultra-fréquents, j'ai compté mes jours de sevrage sur les doigts d'une main avant de replonger, j'ai regardé les secondes passer, j'ai supporté des jours entiers incapable de me concentrer parce que je n'avais rien à avaler. J'ai pleuré des nuits entières, établi des stratégies pour obtenir quelque chose, j'ai même été jusqu'à espérer qu'un membre de ma famille souffre pour que je puisse lui piquer les médicaments qu'on lui aurait, à lui, utilement prescrits. Je ne souffre que de l'intérieur, je brûle, tout mon esprit carbonise chaque instant, avec ou sans drogues, c'est la même chose. J'suis destinée à brûler à petit feu comme ça, et c'est pour ça que tu es partie. Tu as raison, sans ironie, tu as raison. Je ne voulais pas que tu me voies souffrir encore comme ça, je ne voulais pas que tu espères encore que je m'en sorte, j'en avais assez de te voir déprimer dans ton coin à cause de moi. Et repenser à cette idée d'une deuxième moi, la moi droguée, que tu connaissais si bien... ça me dégoûte. J'ai comme l'impression de t'avoir menti quatorze mois, d'avoir fait semblant, d'avoir joué avec toi. Si j'me droguais au début c'était pour me supporter, pour calmer mes élans violents et dépressifs. Ensuite c'était juste par habitude. Une petite gélule ou un petit cachet dès le matin, et on est parti pour une demi-journée. Je me souviens de l'attention que j'y portais au début, je choisissais les moments, les doses, je ne prenais pas trop, juste de quoi exister, "ex-sistere", sortir de mon être. Et aujourd'hui je m'en tape tellement que si ça se trouve, j'ai avalé suffisamment pour que ce soit mortel. J'suis incapable de me mettre des barrières mais je suis la seule à pouvoir le faire. Et ça me rend folle de ne même pas réussir à me contrôler. La vie ne me fait pas de cadeau, mais j'ai osé croire que le bonheur que je trouvais au début dans la drogue en était un. Non, c'était juste un cadeau empoisonné, dont la substance nocive se propage doucement et discrètement dans le corps, sans qu'on le remarque. Au moment où l'on s'en rend compte, c'est déjà trop tard.
    Je t'ai perdue toi, toi, la personne à qui je tenais le plus au monde, tout ça à cause de ça. J'ai fait une connerie que je ne saurai jamais réparer ni aujourd'hui ni demain. J'aimerais tellement te revoir, ne plus souffrir et ne plus te voir souffrir, surtout. J'aurais aimé te rendre heureuse, ne pas t'angoisser, qu'on ait autre chose à penser. J'ai foiré ma plus grosse mission et je ne me le pardonnerai jamais.


  • Commentaires

    1
    Lundi 1er Mai à 06:19

    sarcastic puissant ... merci du partage ! courage

    2
    Jeudi 4 Mai à 19:47

    Merci beaucoup :3

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