• Poussière 12 - Convoitise

    Mardi 2 avril
    15h25


      En vérité, j'envie les gens autour de moi. Les gens sont beaux, les gens sont heureux, les gens se contentent de plaisirs simples.

      Je suis jalouse des rires que j'entends, de leur sobriété si facile, évidente. Pourquoi eux y arrivent-ils, et pas moi ? Pourquoi surmonter une journée leur paraît si naturel, alors que je lutte chaque matin contre les nausées veisalgiques de la veille ?
      Un groupe d'amis crie et joue aux cartes un peu plus loin. Apprenez-moi le bonheur, s'il vous plaît. J'apprends vite, promis.
       Je tente une décuv' rapide à base d'auto-conviction et de Cristaline. Je me sens épuisée mais l'examen d'anglais de la fin de journée m'impose de rester là, calme, à tenter de ne pas vomir, m'endormir ou rentrer chez moi.

    Mon cœur bat fort, beaucoup trop fort. Il cherche à s'extraire de ma poitrine sans me demander mon avis. Je suis au bord de la panique, isolée à cette table de cafétéria universitaire, seule, sans aucune aide et sans soutien, ne serait-ce que visuel ; face à moi, un mur et un morceau de baie vitrée donnant sur le parking, la Moselle et un pont d'autoroute. Les voitures qui y passent m'hypnotisent. Je ne sais pas les compter.Un bus passe. L'endormissement me gagne et j'ai posé mon crâne sur la fraîcheur de la table, je revis. Dans mon dos, un groupe d'étudiantes de première année révisent des notions de droit de la famille. La clarté et la simplicité de ces cours me bercent.


    Je ne dois pas dormir. La jalousie du bonheur des autres me tiendra éveillée.

     


  • Commentaires

    1
    Mercredi 8 Mai à 19:15

    Magnifique, c'est tout

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