• Lettre troisième

    25.10.15

     

    Tes yeux, ton regard suppliant, implorant, perdu, inanimé… Mes sentiments égarés, mélangés, oubliés…
    Je suis désolée. Je n'ai pas espéré suffisamment pour réussir à te faire rester. J'ai toujours pensé que l'espoir était si mauvais ! Je n'osais plus. J'avais été déçue tellement de fois.
    Et je l'ai regretté. Vraiment, sincèrement, du plus profond de moi. J'ai longtemps pensé que peut être que si j'avais espéré un peu plus ta survie, tu aurais réussi…?
    Aujourd'hui, il est bien trop tard pour te faire revenir. Et pourtant je recherche encore quelque moyen de me rapprocher de toi, tu sais ça ? Alors je t'écris, je relis les messages que j'ai gardés, j'essaie de te parler, de retrouver l'ombre de ton âme dans le silence des nuits.
    Mais jamais tu ne me réponds. Jamais. Je ne sais pas si tu m'en veux, si m'en veux d'avoir compris un peu trop tôt qu'il était trop tard, que tu allais partir pour de bon, je ne sais pas. Peut être que tu m'en veux car je n'ai pas pleuré une seule fois pour toi ?
    Pardonne moi, Alex. Je t'ai déjà fait cette demande des milliers de fois, je sais. Excuse moi, je me répète. Dans chacune des lettres que je t'écris presque quotidiennement, c'est la même chose. Je te dis que j'aimerais que tu reviennes, que la routine reprenne, que j'aimerais entendre ta voix au téléphone, ton rire de nos conneries du mardi, la résonance des belles phrases dans les textes de slam que tu aimais écrire.
    Tout ça a disparu, pour de vrai. Tout ça ne reviendra jamais.
    Et je ne supporte pas cette idée. Je me demande comment je fais pour être encore là aujourd'hui, tu sais ? Comment j'ai fait pour supporter autant de lendemains sans décider de te suivre. Oui, cela m'a déjà effleurée, pardonne moi. Mais je ne pense pas avoir assez de courage. Je tiens à très peu de gens, ceux ci se comptent sur les doigts d'une main, mais je pense que c'est ma raison d'être. C'est triste de réaliser qu'on survit pour d'autres, et même pas pour soi… Je manque de confiance, je préfère les autres à mon propre être. Malgré un égoïsme et un égocentrisme très développés, je me reflète à travers les autres. Donc forcément, sans toi, je n'ai plus de miroir. Je ne sais plus qui je suis.

    Les réalités sont tellement difficiles à accepter. Depuis ton départ, j'ai l'impression de m'en prendre plein la gueule, de ces violences. Il a fallu accepter que tu ne reviendrais pas. Il a fallu accepter que mes habitudes allaient être brutalement bousculées. Que j'allais changer de lycée, et tout perdre. Que j'allais devoir me reconstruire, en entier.
    Et c'est vraiment dur, tu sais ? Je n'ai plus de piliers, plus de soutien, plus d'aide, j'ai mis une fin à tout ce que je vivais avant, qui me rappelait trop passé avec toi. J'ai vécu un long moment dans une sorte de brouillard intempestif, qui m'empêchait de voir quoi que ce soit autour de moi. Je n'avais plus rien, j'étais perdue.
    «Je suis désolée Clara, mais Alex n'a pas supporté...»
    Très longtemps, ces mots ont sonné si faux... Je m'y étais attendu, mais je ne pouvais pas y croire. Je l'ai beaucoup répété, mais accepter ta disparition, c'était te laisser partir une deuxième fois… Je ne pouvais pas l'accepter, tu comprends ?
    Et un jour, quelqu'un que j'apprécie pour une raison inconnue a dit « On commence à se soigner lorsqu'on accepte son mal ». J'ai tout de suite pensé à toi, à mon deuil difficile, catégoriquement refusé, quand j'ai entendu cette phrase. Depuis, j'y réfléchis sans cesse. Je pense avoir accepté cette réalité. La réalité de ton décès mon Alex, et je pense que je commence à m'en remettre.
    Et pourtant j'ai l'impression que tout cela est monstrueux. Qu'il est inhumain de me dire qu'avec le temps, je vais t'oublier, ignorer notre passé, faire comme si tu n'avais jamais existé ; comme si je n'avais jamais si mal vécu ton absence.
    « Ce sont les meilleurs qui partent en premier. »
    Alex, je t'aime. Je ne te l'ai jamais dit. Et il a fallu attendre cet appel au secours pour que je te l'écrive, aujourd'hui je te l'écris tous les jours, je te le répète, j'espère que c'est sincère…
    Je suis désolée, j'accepte que tu ne sois plus là, je te laisse enfin partir, l'esprit tranquille. Ne te soucie plus de moi maintenant. Le temps va enfin m'aider, et j'irai vraiment mieux.

    Encore une fois, j'ai l'impression de me répéter, de faire des promesses qui me tueront...

     

    Lettre troisième


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